Ce qu’il faut savoir sur le départ d’un CDI sans perdre tes droits
- Une démission n’ouvre pas droit à l’ARE (article L5422-1 du Code du travail), sauf démission jugée légitime.
- Rupture conventionnelle : chômage conservé, mais plafonné à 15 mois pour les moins de 55 ans depuis le 1er septembre 2026.
- Délais d’une rupture conventionnelle : 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables d’instruction.
- Abandon de poste : présomption de démission possible depuis la loi du 21 décembre 2022.
- Pour ouvrir un droit au chômage, il faut avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois.
5 faits vérifiés4 sourcesmis à jour le 10 octobre 2026
Qui doit dire oui ?
Une rupture conventionnelle exige l’accord de ton employeur. Une démission ne demande l’accord de personne, mais elle coûte ton chômage.
La voie fixe le chômage
Le motif de rupture décide si l’ARE est versée, pas ton envie de partir ni ton ancienneté.
Un calendrier à tenir
Rétractation, homologation, préavis : compte plusieurs semaines entre la première discussion et ton dernier jour.
Un plafond plus bas
Depuis le 1er septembre 2026, la rupture conventionnelle t’indemnise au maximum 15 mois avant 55 ans.
Quitter un CDI sans perdre ses droits, c’est d’abord choisir la bonne porte de sortie, avant même d’en parler à ton employeur. C’est le premier conseil que je donne : décide de la voie, puis agis. Le texte est net. L’article L1237-1 du Code du travail encadre la démission et son préavis, et l’article L5422-1 réserve l’allocation chômage aux personnes privées involontairement d’emploi.
Démission et chômage : ce que dit le texte
Une démission est un choix de ta part. Elle n’ouvre donc aucun droit à l’ARE, sauf cas légitime. Pour toucher l’allocation, tu dois aussi avoir travaillé 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois. Compte tes jours avant toute décision.

Quelques démissions sont dites légitimes : suivre ton conjoint qui change de région pour un emploi, subir un salaire impayé ou un harcèlement établi, ou reprendre un CDI que l’employeur rompt avant 65 jours travaillés. Hors de ces cas, un filet existe : la demande de réexamen après 121 jours de chômage, avec la preuve de tes recherches d’emploi.
Le préavis ne dépend pas d’une durée légale. La loi renvoie à ta convention collective ou aux usages, et ton employeur ne peut pas refuser ta démission. Autant le savoir : une fois remise, elle est définitive, sauf si lui accepte que tu te rétractes. Prépare donc ta façon d’annoncer ta démission à ton employeur, par écrit, pour éviter tout litige.
Tu pars vers un autre CDI ? Le préavis s’applique quand même, sauf dispense écrite de ton employeur. Négocie ta date d’arrivée avec ton futur employeur avant de signer, pas après : une promesse d’embauche n’efface pas ton préavis actuel.
Les quatre voies sûres, comparées
Pour quitter un CDI sans perdre ses droits, tu as quatre chemins, et un seul critère les départage : qui doit dire oui. Je les classe selon ce critère avant de parler d’argent.
| Voie | Qui doit dire oui | Chômage | Argent en plus |
|---|---|---|---|
| Rupture conventionnelle | Ton employeur | Oui, 15 mois maximum avant 55 ans | Au moins l’indemnité légale |
| Démission légitime | France Travail apprécie ton motif | Oui, si le motif est reconnu | Aucun |
| Démission pour reconversion | Une commission régionale | Oui, après validation du projet | Aucun |
| Prise d’acte ou résiliation judiciaire | Le juge | Selon la décision rendue | Indemnités si la faute est prouvée |
Rupture conventionnelle : l’accord de ton employeur d’abord
C’est la voie que je recommande en premier, dès que ton employeur accepte d’en discuter. Les articles L1237-11 à L1237-16 la cadrent : un ou plusieurs entretiens, la signature du cerfa n°14598, puis un délai de rétractation de 15 jours calendaires. La DDETSPP a ensuite 15 jours ouvrables pour homologuer la convention. Aucun préavis n’existe : ton employeur et toi fixez ensemble la date de départ.
Côté argent, ton indemnité ne peut pas descendre sous l’indemnité légale de licenciement : ¼ de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis un tiers au-delà, avec 8 mois d’ancienneté minimum. Avec 2 000 € brut et 6 ans de maison, cela donne 3 000 €. Demande aussi le détail chiffré de ton solde de tout compte avant de signer : congés payés non pris, primes au prorata et indemnité de rupture s’additionnent à la date de départ.
⚠️ Ne démissionne jamais en attendant l’accord de ton employeur : il n’a aucune obligation de répondre à ta demande, et une démission signée est définitive.
Voici le point qui change la donne depuis la rentrée. Pour les contrats rompus à partir du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation passe à 15 mois avant 55 ans, contre 18 mois auparavant. Service-Public rattache ce changement à l’avenant n°3 du 25 février 2026 et signale que des textes d’application sont encore attendus. Pour chiffrer ton cas, regarde combien tu toucheras au chômage après une rupture conventionnelle, puis vérifie les barèmes à jour.
Démission pour reconversion : monte le dossier avant de signer
Ton projet est une formation ou une création d’entreprise ? Un dispositif existe, mais l’ordre compte. Tu passes d’abord par un conseil en évolution professionnelle, gratuit, puis la commission paritaire interprofessionnelle régionale (Transitions Pro) examine le caractère réel et sérieux de ton projet. Tu ne démissionnes qu’après son attestation. France Travail ouvre ensuite ton droit à l’ARE si tu justifies de 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois.
Fais chiffrer en amont le prix d’un bilan de compétences : il se finance souvent par le CPF et il muscle le dossier. Si tu démissionnes avant l’attestation, tu perds la protection du dispositif. Sur cette voie, c’est l’erreur qui coûte le plus cher.
Prise d’acte et résiliation judiciaire : quand ton employeur a tort
Salaire impayé, harcèlement, modification imposée de ton contrat : tu peux saisir le conseil de prud’hommes. La prise d’acte rompt ton contrat immédiatement, à tes risques. Le conseil doit statuer sous 1 mois (article L1451-1). Si les manquements sont graves, elle produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Sinon, elle vaut démission, et tu perds ton chômage.

La résiliation judiciaire garde ton contrat en vie pendant la procédure. Plus lent, mais tu continues à percevoir ton salaire. Mon arbitrage : préfère-la à la prise d’acte tant que ta situation tient. Envoie d’abord des alertes écrites à ton employeur et conserve tes preuves : bulletins, mails, arrêts de travail.
Abandon de poste : le raccourci qui te coûte ton chômage
Disparaître du bureau ne rompt pas ton contrat : cela déclenche une procédure contre toi. Depuis la loi du 21 décembre 2022 et son décret du 17 avril 2023, ton employeur peut te sommer par courrier de reprendre ton poste. Sans réponse dans le délai fixé, au moins quinze jours, tu es présumé démissionnaire. Résultat : un préavis non payé et, en principe, pas d’ARE.
❌ « Si je m’absente assez longtemps, mon employeur devra me licencier. » Faux : depuis 2023, il peut te présumer démissionnaire, et tu perds tes droits au chômage.
Un arrêt maladie change la donne. J’ai détaillé ce qui se passe en cas d’abandon de poste pour dépression, car la présomption de démission n’y joue pas comme ailleurs.
Congé sabbatique ou sans solde : suspendre plutôt que rompre
Tu hésites encore ? Alors ne romps rien. Le congé sabbatique, le congé sans solde et le congé pour création d’entreprise suspendent ton contrat : tu retrouves ton poste, mais sans salaire ni chômage pendant la pause. Les conditions d’ancienneté et de durée dépendent du Code du travail et de ta convention collective.

À mes yeux, c’est l’option la plus sous-estimée. Elle t’évite de brûler tes droits pendant que tu testes ton projet.
Mon arbitrage : fais le calcul de trésorerie avant de décider
Voici ma méthode pour trancher, en trois gestes :
- Estime ton ARE : compte environ 57 % de ton salaire journalier de référence brut, un ordre de grandeur à confirmer auprès de France Travail.
- Multiplie par la durée maximale : 15 mois pour une rupture conventionnelle avant 55 ans.
- Ajoute l’indemnité de départ, puis compare avec le salaire que tu perds en restant.
Pour caler ton budget, j’ai détaillé ce qu’on touche au chômage avec 1 500 € net. Garde ensuite une réserve d’au moins trois mois de dépenses : c’est mon seuil de prudence, pas une règle légale.
Dernier garde-fou pour quitter un CDI sans perdre ses droits : fais relire ta situation par un conseiller du CSE, un avocat ou la DDETSPP avant de signer. Je ne remplace pas un professionnel, et chaque convention collective change les délais.
Un dernier point souvent négligé : ta mutuelle. Hors démission légitime, tu perds la portabilité de la complémentaire santé de ton entreprise à la fin du contrat, selon Service-Public. Demande un devis individuel avant ton dernier jour.
Quelle sortie correspond à ta situation ?
Étape 1 / 2
Quel est ton point de départ ?
Vise la rupture conventionnelle. Elle garde ton chômage, avec 15 mois maximum avant 55 ans depuis le 1er septembre 2026. Négocie l’indemnité au-dessus du minimum légal et ne démissionne pas avant la signature.
Rassemble tes preuves, envoie des alertes écrites, puis consulte un avocat ou un défenseur syndical. La résiliation judiciaire protège mieux que la prise d’acte, qui vaut démission si le juge te donne tort.
Demande un conseil en évolution professionnelle, fais valider ton projet par la commission régionale, puis démissionne seulement après l’attestation. Vérifie tes 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois.
FAQ sur le départ d’un CDI sans perdre tes droits
Peut-on démissionner sans faire de préavis ?
Oui, dans deux cas : ton employeur t’en dispense par écrit, ou ta convention collective le prévoit. L’article L1237-1 renvoie la durée du préavis à la loi, à la convention ou aux usages, et il n’existe pas de durée légale unique.
Combien de temps faut-il avoir travaillé pour toucher le chômage ?
Il faut justifier de 6 mois de travail (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois. Pour une démission pour reconversion, la condition monte à 1 300 jours sur les 60 derniers mois.
Que dit le Code du travail sur la démission ?
L’article L1237-1 l’encadre. Elle suppose une volonté claire et non équivoque, selon Service-Public, et elle devient définitive une fois remise, sauf accord de l’employeur pour que tu te rétractes.
L’abandon de poste ouvre-t-il droit au chômage ?
En principe non. Depuis la loi du 21 décembre 2022, l’employeur peut te sommer de reprendre ton poste puis te présumer démissionnaire, et la démission ne donne pas droit à l’ARE hors cas légitime.
Sources
- Service-PublicDémission d’un salarié
- Service-PublicRupture conventionnelle d’un salarié du secteur privé
- Service-PublicRupture conventionnelle : ce qui change au 1er septembre 2026
- LegifranceCode du travail